Chasse à la baleine: le Japon et les autres consommateurs reprennent le bras de fer

Officiellement banni, le commerce international de viande de baleine prend discrètement de l'ampleur parmi la poignée de pays qui chassent le cétacé, au grand dam des écologistes. Alors que s'ouvre la réunion annuelle de la Commission baleinière internationale (CBI) sur l'île portugaise de Madère, partisans et opposants de la chasse reprennent leur traditionnel bras de fer.

Parmi les questions épineuses figure celle du commerce international de la viande de baleine, interdit par la Convention internationale sur les espèces menacées (Cites) mais que les principaux pays baleiniers - Japon, Norvège, Islande - cherchent à relancer. Principal marché potentiel, le Japon a entrouvert ses portes aux importations: après une pause de près de deux décennies, l'archipel a importé en 2008 quelques dizaines de tonnes de viande de baleine islandaise et moins de 10 tonnes de viande norvégienne.

Cette année, les Nordiques veulent élargir la brèche: le norvégien Lofothval a obtenu des licences d'exportation pour 47 tonnes et les Islandais comptent exporter la moitié de leur quota de 100 petits rorquals (ou baleines de Minke) et 150 rorquals communs. "Cela montre le désespoir de l'industrie baleinière qui n'arrive pas à vendre ses produits en Norvège et qui cherche donc à tout prix à les écouler à l'étranger", réagit Truls Gulowsen, leader de Greenpeace dans le pays scandinave. "Mais les Japonais mangent de moins en moins de baleine et leurs entrepôts sont déjà remplis de produits que les chasseurs locaux n'arrivent pas à écouler", ajoute-t-il.

Un argumentaire que rejettent les professionnels pour qui le marché nippon est synonyme de nouveaux débouchés et de prix plus élevés, mais confidentiels. "Le Japon, c'est plus de 120 million d'habitants. Certes, une partie d'entre eux doivent encore habituer leurs papilles à un produit que tous n'ont pas goûté, mais ils sont réceptifs parce qu'une très grande partie de leur régime alimentaire vient déjà de la mer", affirme Rune Froevik de Lofothval. De plus, les Japonais consomment la graisse en tant que telle, ce qui ouvre de nouveaux débouchés pour les Norvégiens qui normalement la rejettent en mer. "Chaque prise devient plus rentable puisqu'un petit rorqual contient en moyenne 1,5 tonne de viande et 500 kg de graisse", explique Rune Froevik.

La Norvège et l'Islande ne sont pas liées par le moratoire international de 1986 sur la chasse à la baleine, à l'égard duquel elles ont émis des réserves. Le Japon utilise une clause de l'accord qui permet des prises à des fins scientifiques.

Les trois pays ont aussi déposé des réserves concernant l'inscription des baleines sur la liste des espèces les plus menacées de la Cites, ce qui les autorise à commercer entre eux. "Nous avons bien essayé de sortir la baleine de cette liste mais nous nous sommes heurtés à un blocage politique", souligne Oeystein Stoerkersen, responsable de la Direction norvégienne de la nature. "Les experts, y compris étrangers, s'accordent à dire que les espèces que nous chassons ne sont pas menacées mais certains décideurs aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en France essayent de grappiller des voix en flattant à bon compte une opinion publique mal informée", dit-il.

Selon le comité scientifique de la CBI, l'Atlantique nord abrite 30.000 rorquals communs et 174.000 petits rorquals, une population que la Norvège juge suffisamment abondante pour autoriser le harponnage d'environ 1.000 spécimens chaque année.


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