Fukushima : les mères japonaises organisent la vigilance citoyenne
La catastrophe de Fukushima a sonné la fin de la confiance aveugle de beaucoup de Japonais dans le gouvernement. Des mouvements citoyens s'organisent avec en première ligne les mères de famille, soucieuse de la santé de leurs enfants.
Au supermarché, Nakayama scrute les étiquettes à la recherche de l'origine des produits qu'elle achète. Légume, lait, thé ou riz, aucun ingrédient de sa cuisine n'a échappé à la vérification.
“Cela double le temps de préparation des repas”, confie-t-elle, mais cette mère de famille est prête à tout pour assurer à son fils de 3 ans une nourriture non contaminée. « Mes priorités ont changé, mon enfant passe désormais en premier», explique cette ancienne carriériste au Japan Times.
Parents inquiets
Comme beaucoup de parents nippons, Nakayama craint les retombées du désastre de Fukushima, et évite les produits en provenance du Nord-Est de l'île d'Honshu (région Tohoku et Kanto).
Quand elle ne barre pas l'entrée de sa cuisine aux isotopes radioactifs, elle lutte pour que ses exigences de sécurité soient adoptées dans les écoles. Dans son quartier de Setagaya, à Tokyo, elle anime un groupe de parents d'élèves très actifs dans la prévention des risques de contamination. Elle consacre donc plusieurs heures par jour à interpeller la direction des établissements scolaires, les politiques et les parents d'élèves : elle est désormais une activiste politique.
Ces groupes se sont multipliés depuis le mois de mars, et se sont organisés. En juillet, s'est formé le Réseau National des Parents pour la Protection des Enfants contre les Radiations, un rassemblement de plus de 250 groupes de quartier, qui compte aujourd'hui plus de 6000 membres.
La plupart sont des mères de familles qui ne se sont jamais engagées politiquement et qui n'ont jamais voté, mais elles relaient le sentiment d'anxiété d'un nombre beaucoup plus importants de Japonais. Leurs actions consistent à partager et diffuser des informations sur la sécurité environnementale et alimentaire vis-à-vis du nucléaire, et à faire pression sur les autorités pour que des mesures soient prises.
Leurs appels ont forcé les municipalités à s'équiper. A Setagaya comme dans beaucoup d'autres villes, les écoles testent les repas dans les cantines scolaires. Les revendications remontent, et le Ministère de l'Éducation a lui-même déboursé 100 millions de yens pour permettre l'achat de tels équipements.
Leur engagement est d'autant plus remarquable que les Japonais sont traditionnellement peu intéressés par les questions politiques. La contestation directe, ou la revendication organisée a une image anticonformiste peu appréciée dans le société.
In Facebook we Trust
Quand elle est entrée dans son groupe, Madame Itoh a d'ailleurs été étonnée par le manque de plateforme permettant la communication politique. Internet s'est dès lors imposé comme un moyen d'organisation et de récolte d'informations, explique-t-elle à Associated Press. C'est ainsi que des milliers de « mère du bon sens » ont commencé à être très actives sur les réseaux sociaux.
Sur Facebook, Twitter ou les autres médias sociaux japonais, elles échangent des informations sur les retombées de la catastrophe, organisent des rencontres avec des élus et font en sorte de diffuser leur message.
Yoshiko Fukagawa, 41 ans, fait partie du même groupe que Nakayama, à Stenagaya. Elle est arrivée dans cette localité avec ses deux enfants de 4 et 7 ans après avoir fui leur préfecture de Fukushima. 10 mois après la catastrophe, elle vit toujours dans un centre d'évacués et justifie son engagement par une phrase simple : “je ne peux pas croire le gouvernement”.
Car le moteur de cette nouvelle forme d'activisme, c'est aussi la chute de confiance des Japonais à l'égard du gouvernement et des médias traditionnels. Dès les premières semaines suivant la catastrophe de Fukushima, des voix se lèvent contre le « manque de franchise » du gouvernement. Les sondages révèlent que plus de 70% des Nippons pensent que les annonces officielles ne sont pas « dignes de confiance » et critiquent au passage la gestion politique de la crise.
Pourtant, les télévisions et journaux de l'archipel continuent de s'aligner sur la communication gouvernementale : dans cet Etat “paternaliste”, pour la première fois, les citoyens doutent de leur classe politique.
« Changer l'orientation du pays »
Avec l'échange entre internautes comme seule source d'information, les réseaux se mettent en place, et les écoles ne sont pas le seul champ de bataille.
Les citoyens veulent avoir une participation active dans la reconstruction des zones sinistrées par le tsunami, et surveiller eux-même l'évolution du risque nucléaire. Aujourd'hui, une dizaine de Stations Citoyennes de Mesure de la Radioactivité sont en service, dans la province de Fukushima et à Tokyo. Les consommateurs et les producteurs apportent eux-mêmes des produits pour les faire tester, en échange d'une somme modique qui sert à couvrir les frais de fonctionnement.
Tous les résultats sont publiés sur le web : « Notre rôle est ce qu'ils appellent une deuxième opinion dans le monde médical », explique une responsable du mouvement.
Là encore, les mères de famille sont en première ligne. Elles qui considéraient internet comme une « source d'information douteuse » inondent la Toile de contre-expertises, et les Japonais suivent assidument.
« Nous sommes en train d'évoluer vers une forme de démocratie plus active, dans laquelle les gens réalisent qu'ils sont les acteurs principaux, pas le gouvernement »,explique Tatsuya Yoshika, fondateur d'un groupe de volontaire pour la reconstruction du Nord-Est.
L'importance de ces groupes reste pourtant à relativiser, face à l'impact médiatique des médias traditionnels et de la communication gouvernementale. Mme Itoh, mère de 48 ans reste toutefois optimiste : “Nous sommes toujours petits, mais les mères impliquées n'allaient même pas voter, et font aujourd'hui signer des pétitions”, confie-t-elle au Today Online.
“Je pense que c'est un facteur qui peut faire changer l'orientation de notre pays” conclut-elle avec optimisme.
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A Lire aussi :
Le Japon, terre de bataille des réseaux sociaux
Fukushima : ce que dénonce le rapport d'enquête
2011, "l'année du tremblement de terre"
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Jean Valjean14/05/2013Dis donc, on est vite classé pirate de nos jours sur internet ! Une menace de mort? Pirate pirate pirate ! Et vraiment, le Japon aura de plus en plus...




Ouais, enfin on a tendance à nous vendrons le réalisateur de film d'animation japonais Hayo Miyazaki comme un maître de l'imaginaire alors que dans son film Porco Rosso, on peut entendre "Le temps des cerises" ( http://www.animelyrics.com/anime/porco/prtemps.htm ), une musique qui évoque la commune de Paris.
On peut lire aussi ce document ( http://opac.lib.yamanashi.ac.jp/metadb/up/yamanashi/KJ00004949032.pdf ) qui évoque le manga durant les années 1960 et le climat social de l'époque.
On peut voir aussi ce documentaire (payant) diffusé en 2002 sur Arte et qui parlent des années 1968 à 1972 au Japon (il n'y a qu'une phrase sur les mangas là). http://www.dailymotion.com/video/x353z5_japon-les-annees-rouges_news
“je ne peux pas pouvoir croire le gouvernement”? J'ai eu beau retourner la phrase je crois qu'en fait il y a une erreur de traduction.
Bonne initiative que ce centre où on apporte ses produits pour les faire tester. Dommage que ce ne soit pas vraiment médiatisé, on aurait alors un meilleur échantillon.
« Mes priorités ont changé, mon enfant passe désormais en premier», explique cette ancienne carriériste au Japan Times.
Il semble que certaines personnes aient besoin de prendre un claque pour se rendre compte de ce qui est important dans la vie mais avoir besoin d'une catastrophe nucléaire pour se dire que la santé des enfants est le plus important montre combien cette société égoïste méprise les enfants par rapport au bénéfice personnel.
La conspiration pour s'emparer du pouvoir, la manipulation pour le garder.
Comment peut-on dire de telles bêtises ?! Que connaissez-vous des japonais ?
Avant de lancer de telles critiques venez vivre avec eux et dans leurs conditions. Leur culture est differente et vaut le coup d'être connue. Leur mentalité est très loin d'être égoïste et encore moins méprisante pour leurs enfants. La notion de bénéfice personnel n'existe pas, c'est le bien commun qui compte, les réactions du 11 mars nous l'ont bien montrés !!
gmm
Je suis d'accord avec slv, un pays qui autorise les enfants de 10 ans à poser à moitié nu dans des vidéos pour adulte (junior idol) ou encore que les enfants âgés de moins de 10 ans vont souvent seul à l'école (sans adulte) qui se trouve à des kilomètres de leur domicile, les fameux shorts en hiver dans certaines écoles privées, etc.
On a beau être ouvert d'esprit, il y a des choses qui ne passent pas.
Visitez mon blog osé :
http://www.japonweird.com
"La notion de bénéfice personnel n'existe pas"
Oooh, le beau cliché! Encore un qui connait bien le Japon, mais de loin. Si au Japon le bénéfice personel n'existait pas, le parc nucléaire aurait été bien entretenu par ses exploitants, et la catastrophe de Fukushima n'aurait jamais eu lieu. Un contre-exemple parmi tant d'autres...
Contra negantem principia non est disputandum.
"Avant de lancer de telles critiques venez vivre avec eux et dans leurs conditions."
De mémoire c'est ce que fait Slv.. Vivre au Japon, dans les mêmes conditions que tous le monde. Comme Achan, Gotonin, moi et bien d'autres.
Fous que vous êtes de ne pas être que tout positifs et tout miel quand vous parlez du peuple élu.
Maintenant que j'y pense quand on voit certains parler du Japon on a un peu l'impression d'entendre des adeptes d'une secte. Et j'ai beau y réfléchir je n'ai jamais vu ça pour d'autres pays. On peut beaucoup aimer un pays mais ça n'empêche pas d'être au courant et d'accepter les points négatifs. Mais que s'est il donc passé avec le Japon? Mon avis est que c'est un pays auquel les gens ne se sont jamais réellement intéressés. Ils préfèrent le laisser dans la catégorie exotique et ne ressasser que les mêmes clichés et lieux communs depuis des décennies. Vous ouvrez un livre sur le Japon d'il y a 20 ans vous aurez exactement la même chose dans un bouquin actuel, les mêmes sujets, les mêmes mots, tout pareil. Comme si le pays était figé, ne changeait pas ou n'avait pas d'autres intérêts que ces bons vieux clichés. Quand même un comble pour un pays aussi riche. Autre point, les japonais n'ont jamais rien fait pour faire vraiment connaître le pays, mais quand même.
Une vingtaine d'organisations féminines d'Hiroshima se préparent à traiter du problème de l'énergie nucléaire et de la paix à l'occasion de la Journée Internationale de la Femme 2012 :
2012 国際女性デー 連帯のメッセージ
http://www.ipernity.com/blog/32119/370459
EO) — Mesaĝo el Hiroŝimo por la Internacia Virina Tago 2012
http://www.ipernity.com/blog/32119/366702
(FR) — Message d'Hiroshima pour la Journée Internationale de la Femme 2012
http://www.ipernity.com/blog/32119/366868
Henri Masson
(-_-)" Quand on voit ce que certains médias "mainstream" rapportent sur le Japon, à savoir un pays comparable à un Neverland façon Toei Animation, il ne faut s'étonner de rien.On dépeint un monde parfait, très enfantin, où l'innocence, la gentillesse et la fantaisie sont un art de vivre.
A les écouter le Japon se résume à Akihabara, a Asimo le robot, aux toilettes automatiques, des petits bonhommes souriants qui font des grâces et des courbettes et puis c'est tout.Le célebrissime reportage diffusé sur NRJ12 (une perle, plié de rire du début à la fin) a fait des dégâts chez les french Otaku.
Faut voir comment on se fait flinguer sur certains forums lorsque l'on aborde un sujet tabou chez certains fous furieux (par exemple, les bars à hôtesses, les sectes, le problème de la précarité du travail, l'économie qui tourne plus très rond, Koizumi, entre autres horreurs :) ) on se fait taxer d'anti Japonais pro Chinois ou encore de pro K-Pop (je vois pas le rapport mais bon).
Le drame du tsunami, qui a mis en lumière nombre de travers spécifiques au Japon, n'y a strictement rien changé.
Mais (dans une bien moindre mesure), les Etats Unis "bénéficient" eux aussi d'une image à l'étranger assez éloignée de la réalité...à part cela, difficile en effet de trouver des phénomènes comparables.
C'est vrai qu'on se demande pourquoi le Japon bénéficie d'une telle image positive non seulement auprès des mangaphages, des nippophiles ( ça se comprend) et de tout ce qui tourne autour ( j-pop, jeux vidéo, porno), mais aussi de personnes qui sembleraient plus "réfléchies", cinéphiles, journalistes, auteurs et intellectuels ( même Roland Barthes*?), un peu tous ceux qui considèrent le Japon comme un voyage, un monde au delà du monde où le relativisme culturel aveugle et fait loi.
Comme dans l'amour, il y a un déni de réalité à propos du Japon de la part de ses fans. Il en arrive quelques fois sur ALJ mais se lassent assez vite à cause sans doute des sujets trop éclectiques, le fan est par essence mono maniaque.
*"L'Empire des signes" n'est pas un livre sur le Japon mais sur Roland Barthes voyageant au Japon.
La conspiration pour s'emparer du pouvoir, la manipulation pour le garder.
Sans doute comme pour l'image magnifiée de la France depuis le Japon:
- Des qualités objectives, associées au fait que
- C'est loin, donc difficile d'y aller vérifier comment c'est vraiment, ce qui est propice a la fixation des fantasmes.
- Du fait même que c'est loin il faut investir beaucoup pour y aller, or c'est un fait psychologique que plus on investit dans un projet plus on se voile inconsciemment la face pour éviter de se rendre compte qu'on s'est trompé.
Quant aux intellectuels, l'actualité du moment a au moins le mérite de nous montrer qu'ils sont souvent autoproclamés...
Contra negantem principia non est disputandum.
Pour moi c'est qu'ils ne s'y interessent pas vraiment, quand on aime quelquechose on s'interesse a tout et non pas seulement a la surface ou les sujets qui nous arrangent et surtout on accepte les bons et les mauvais cotes. Donc les sujets qui fachent. Chose inexistante chez les fanatiques, qui ne sont pas que otaku d'ailleurs.
En cherchant d'autres exemples je me suis penchee sur le cas de la France evidemment qui a son lot de fanatiques aussi, mais non, meme la on n'atteint pas un tel niveau. Les illumines qui ont une vision de la France (Paris et plus recemment la Provence) de carte postale et de vieux films des annees 40 sont quand meme capables de souligner les mauvais cotes du pays et surtout, on peut ne serait ce qu'aborder le sujet sans que des personnes montent au creneau en criant a tout et n'importe quoi (Encore jamais vu ca pour le Japon). Ex: Je ne vois aucun amoureux de la France qui vous dira pourtant que Paris est une ville merveilleuse, qui serait pres a dire que Paris est hyper propre, sans danger, les transports tout le temps a l'heure....bref aller jusqu'a la negation totale, ni meme minimiser ce qui est tout simplement la realite, aussi negative qu'elle puisse etre. Et le pire, essayer de tout justifier par la facilite, ware ware blablajin c'est dans nos genes, dans notre culture ancestrale, en 1789 Lafayette a ecrit ceci et depuis c'est comme ca, vous pouvez pas comprendre car vous n'avez pas grandit en mageant du Babibel...ou que sais je.
Ce serait bien si un sociologue pouvait se pencher sur ce phenomene d'alienation que suscite le Japon. J'ai vraiment vu des gens souffrir dans leur ame et dans leur chair quand des points negatifs sur le Japon etaient evoques. C'est flippant.
C'est vrai aussi que les manga, montrant une image des japonais completement sublimee, font beaucoup de ravages.
Je vais donner mon avis alors que je connais le Japon par ses dessins animés, mais :
lors des élections américaines, il y a une couverture en France des primaires, soit une couverture des élections sur un an tout les 4 ans. Lors de l'élections de Yukio Hatoyama (un tournant historique aprés un règne quasi-continu du PLD), il n'y a eu qu'un numéro de l'émission de C'dans l'air consacré 2 jours aprés, et des brèves dans les journaux télévisés. Les médias mainstream n'accordent donc pas beaucoup de place à la réalité du Japon alors qu'à l'époque, c'était la seconde puissance économique.
C'est les 2 pays dont on traduit le plus d'œuvres en France. Mais quand on évoque l'Italie, on parle souvent l'influence de Berlusconi sur les médias pour expliquer les problèmes, beaucoup plus rarement les années de plomb.
Pour ma part, en terme de fiction, je pense que le story-manga et ses dérivés, nés du traumatisme de la fin de la seconde guerre mondiale, est plus adapté à raporter la réalité, qu'Hollywwod, qui vend du rêve, avec des stars aux gros salaires et les sortie de limousine.
TVIP pourrais voir sur le manga network http://www.ceri-sciencespo.com/themes/manga/publications.php si il y a des infos qui l'intéresse sur le phénomène d'alienation. Ca rassemble plusieurs document de recherche sur le manga et ses dérivés, avec une approche universitaire (et beaucoup de tatonnement).
Oui, j'ai vu ce sujet de C dans l'air, "Séisme politique au Japon", pour une fois c'était très bien fait.
Dans la foulée ils avaient diffusé "Japon, je t'aime moi non plus", histoire de montrer que oui, au Japon on peut galérer un maximum et crever de faim, tout en étant Japonais, ce doc a été flingué par pas mal de monde, alors que franchement, il n'y a pas à aller chercher bien loin pour voir que c'est tout a fait possible d'avoir la tête sous l'eau quand on vit au Japon, y compris en étant Japonais! Ce n'est pas faire insulte au Japon que de le montrer tel qu'il est, dans sa globalité, avec ses nombreuses qualités et ses nombreux défauts, tout simplement.
Ne serait-ce que pour ceux qui on vraiment envie d'y travailler, ou ceux qui cherchent à connaître le Japon autrement que par "voie officielle" genre "Cool Japan".
Euh..pour ceux qui veulent voir ce documentaire, il est disponible sur Youtube et Dailymotion.