Je me suis porté volontaire dans le Japon dévasté
Un an et demi après le passage du tsunami, je me suis porté volontaire dans le Tôhoku. Je découvre alors que de nombreux travailleurs bénévoles continuent de se rendre chaque jour dans les zones touchées. Entre amertume et générosité, tous refusent l’oubli et espèrent ramener l’espoir dans le Tôhoku.
Après une courte nuit passée sur la route, les 40 passagers du bus se réveillent en voyant les images qui défilent. D’un côté, sur l’écran, un DVD montrant les vidéos toujours aussi poignantes du tsunami du 11 mars 2011. De l’autre, à travers les vitres, la réalité 17 mois après : celle de villes encore dévastées.
Comme d’autres de ses compatriotes, Kanae, étudiante japonaise de 25 ans, se rend aujourd’hui dans le Tôhoku pour aider les habitants à reconstruire leur région. Un élan de solidarité encore largement partagé au Japon, malgré le temps qui passe. « Je ne connaissais pas la situation là-bas car j’étais avant à l’étranger » confie Kanae, ayant presque l’air de s’excuser. « Et puis, j’ai pensé que je n’avais pas le droit de parler du Tôhoku si je n’y allais pas par moi-même ». Ici, la majorité des travailleurs volontaires sont des jeunes femmes, âgées de 20 à 35 ans. Beaucoup viennent pendant leurs vacances ou lorsqu’elles ont un peu de temps libre.
Des déchets que personne ne veut traiter
Parti de Tokyo la veille, les volontaires arrivent au petit matin dans la ville de Rikuzentakata, ville de pêche située au nord de Sendai et détruite en grande partie par le tsunami. Entouré par l’océan et les montagnes, le relief de la ville est aujourd’hui bien plat. Avec pour seul signe de vie une route qui traverse le paysage. La végétation semble avoir repris ses droits sur la ville. Au loin, les passagers du bus aperçoivent quelques groupements d’habitations encore présents sur les hauteurs, sauvés des eaux lors de la catastrophe.
Dispersés ici et là, des montagnes de gravas s’amassent encore sur le site de la ville. Pas une surprise pour ces volontaires qui savent que ces derniers mois, le retraitement des déchets a pris du retard. En cause, la crainte des autres préfectures japonaises que tous ces débris soient radioactifs. Il faut dire qu’ici, Fukushima n’est qu’à environ 200 km. Même si aucun scientifique ne peut prouver la présence de quelconque danger.
Aider moralement les habitants
C’est donc ici que nos 40 bénévoles travailleront ce matin. Mais pour l’heure, personne ne connaît encore la tâche lui sera confiée. Chacun est simplement venu avec l’envie d’aider. Peu importe le travail.
Ce week-end est son 65ème voyage dans la préfecture d’Iwate. Masahito Noguchi, co-président de l’association Kainomegumi, organise le transport de volontaires depuis la semaine qui a suivi le tsunami. Chef d’entreprise la semaine, Masahito parcourt presque chaque week-end cette même route : de l’ouest de Tokyo, là où il vit, jusqu’à Rikuzentakata. « Nous réalisons ce programme de volontariat pour ne pas oublier les victimes (du tsunami) et pour soutenir les habitants. C’est le but de notre association ».
Si l’aide matériel était pendant longtemps une priorité, il s’agit désormais selon Masahito d’aider moralement les habitants de la ville. Car la situation reste précaire ici. Selon les autorités japonaises, seulement 1% des habitants touchés par le tsunami ont pu reconstruire leurs maisons. Cela représente encore 270 000 personnes qui, un an et demi après, continuent de vivre dans des logements temporaires.
Ce matin, au centre de volontaires de Rikuzentakata, près de 500 personnes sont venus de tout le Japon, notamment de Tokyo. Devant les responsables du centre, chacun écoute les instructions pour la journée avant d’être fraternellement remerciés d’avoir fait le voyage jusqu’ici. Pas plus de quinze minutes plus tard, un premier groupe est envoyé pour déblayer la terre à quelques kilomètres d’ici. Objectif : permettre l’installation éventuelle de canalisation, sans savoir toutefois si l’on reconstruira la ville à cet endroit. Mais certains affirment qu’il vaut mieux préparer le terrain dès maintenant. Et puis, le but n’est il pas de ramener de l’espoir ?
D’autres devront s’occuper de travaux comme le jardinage, afin de rendre la ville plus agréable aux habitants. La consigne donnée aux volontaires est de ne pas trop en faire. Pour les associations ici présentes, une seule priorité : que chacun rentre chez soi en bonne santé. L’essentiel est de venir, montrer que l’on n’oublie pas les habitants du Tôhoku. Pas de jouer les gros bras.
« Je ne suis pas sûr qu’on pourrait voir cela dans un autre pays »
Venus surtout dans les mois qui ont suivi le tsunami, certains étrangers se portent encore aujourd’hui volontaires dans ce type d’association. C’est le cas de Matthew qui est venu à Tokyo cet été pour apprendre le japonais. Avant de repartir chez lui, cet américain de 21 ans a décidé de participer à une journée de solidarité pour le Tôhoku.
« J’ai le sentiment que le tsunami a largement affecté la culture japonaise. J’avais donc envie de venir voir ce qui s’est passé ici si récemment. (…) Je suis surpris mais aussi impressionné du nombre important de volontaires » nous confie-t-il. En moyenne, de 300 à 500 bénévoles se rendent chaque jour durant le week-end dans la ville de Rikuzentakata. Par ailleurs, Matthew est également stupéfait de « voir certaines familles venir avec leurs jeunes filles ». « Je ne suis pas sûr qu’on pourrait voir cela dans un autre pays », conclut le volontaire.
Des sacs de terre, des pelles et des hommes
Sous un soleil harassant et une forte humidité, chacun travaille selon son rythme. Pendant les pauses, certains continuent leur tâche. D’autres, plus jeunes, s’arrêtent pour reprendre des forces. Mais tous sont animés par le même courage.
Chaque génération est également représentée : des enfants d’à peine 12 ans jusqu’aux plus âgés ayant dépassé la soixantaine. A ce rythme, on se dit que rien ne peut les arrêter.
Finalement, le travail n’aura duré qu’à peine 3 heures, pour un voyage en bus de 16 heures aller et retour. Au moment de repartir, beaucoup d’efforts restent encore à faire. Le tableau s’achève : celui de sacs de terre, de pelles et d’hommes au milieu de la nature qu’on sait si féroce.
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"Ici, la majorité des travailleurs volontaires sont des jeunes femmes, âgées de 20 à 35 ans. Beaucoup viennent pendant leurs vacances ou lorsqu’elles ont un peu de temps libre."
Faudrait que les celibataires japonais se mettent au benevolat ^^.
Il serait intéressant de nous donner les coordonnées où s'inscrire pour aller aider.
J'ai un voyage au Japon programmé pour dans quelques mois et j'irai volontiers aider si je savais où et comment m'inscrire.
Petite question : quel niveau de japonais il faut avoir pour pouvoir aider sans devenir un boulet pour les autres ?
Meme si tu ne parles pas japonais, il devrait y avoir quelqu'un pour parler (baraguoiner) anglais.
Et puis dis toi que c'est une bonne occasion pour pratiquer ton japonais.
Bref ne t'inquiete pas pour des petits detail comme ca, tu seras toujours util.
Je confirme que pour pelleter de la terre pendant 3h tu devrais t'en sortir sans parler japonais ^^
Faut surtout tenir le bon bout de la pelle et ne pas y aller pour en rouler. Quoique...
La conspiration pour s'emparer du pouvoir, la manipulation pour le garder.
Le japon est devaste. Il faut le repeupler!
Mais pourquoi rester seulement 3 heures?! C'est ridicule, ils prennent le bus de nuit à l'aller et au retour et hop ils augmentent les heures pour aider, soit une bonne grosse journée.
"Mais pourquoi rester seulement 3 heures?! C'est ridicule, ils prennent le bus de nuit à l'aller et au retour et hop ils augmentent les heures pour aider, soit une bonne grosse journée."
"Pour les associations ici présentes, une seule priorité : que chacun rentre chez soi en bonne santé. L’essentiel est de venir, montrer que l’on n’oublie pas les habitants du Tôhoku. Pas de jouer les gros bras."
Ils le prennent déjà le bus de nuit. Mais comme expliqué l'idée n'est pas de faire le boulot de l'Etat ni de se tuer à la tache. Prendre un bus de nuit, faire une journée de travaux physiques et enchainer encore avec le bus de nuit je ne pense pas que le gars qui organise ça tous les weekends pourrait suivre.
Et ce n'est pas dit dans l'article mais peut être qu'ils utilisent le reste du temps pour aller à la rencontre des locaux puisqu'ils insistent sur l'aspect soutien moral?
3h fois 40 personnes de données ce n'est pas ridicule quand on sait que plusieurs zones sont complètement laissées en attente les gens livrés à eux mêmes. Soit disant le gouvernement avait la situation en main. Récemment un gars de la centrale a avoué qu'ils ont besoin de l'aide internationale.
Bravo pour cette initiative. Peu d'entre nous ont pris le temps de faire cela. Pouvez-vous nous dire comment vous avez trouvé ce programme ? Est-ce que tout le monde peut participer ? Avez-vous les coordonnées ?
Certes, autant pour jouer de la pelle on peut se passer de la langue, autant pour en rouler c'est plus dur ^^
Sinon je trouve aussi que 3h ça fait pas lourd, surtout qu'il y aurait des pauses apparemment. Je veux bien que tout le monde n'est pas Musclor mais quitte à faire la route autant essayer d'être efficace...
Le soutien moral j’admets que c'est important, mais moins les travaux avancent et plus il en faut donc c'est un cercle vicieux ;-)
Tu as fait quoi, toi, super jamon ?
J'attendais cette question, c'est tellement prévisible ^^
Si j'ai pas fait mieux j'ai pas le droit de donner mon avis c'est ça ?
Et si je te dis que j'ai passé 1 mois à temps plein à Sendai à aider au déblaiement est-ce que ça donne plus de valeur à mon propos (qui pour une grande part gagne à être considéré avec une pointe de 2nd degré) ?
Mais en fait j'avoue, c'est pas vrai... je n'ai même jamais été plus au Nord que Narita...
Je suis le mal pas vrai ? Pardon d'avoir eu l'audace de m'exprimer alors que je n'ai pas la légitimité qui est sans aucun doute la tienne pour le faire ;-)
Bonjour à tous,
Merci pour vos réactions.
Si certains souhaitent participer à un programme de volontariat dans le Tôhoku, voici deux ONG à contacter (site notamment en français et anglais):
JEN (Japan Emergency Network): http://www.jen-npo.org/en/index.php
Team Nadia: http://team-nadia.org/
Suivez les instructions d’inscription, c’est très facile. Quelque soit votre langue, ils ont besoin de vous! Comme disait Phong plus haut, il y aura toujours quelqu’un pour parler un peu anglais et prendre le temps de vous expliquer.
Si vous voulez des infos supplémentaires, vous pouvez toujours contacter l’Ambassade de France à Tokyo: http://www.ambafrance-jp.org/
Bien à vous,
Sébastien Lavandon
Super Jamon,
Disons que le ton bien franchouillard "je critique tout mais je fais rien", ça m'énerve. Ton commentaire est purement négatif, ça mérite peut-être mieux.
Merci pour les adresses des ONG, au moins je sais vers qui me tourner.
Effectivement, je pense qu'il n'y a guère besoin de savoir bien parler pour manier une pelle.
Yann je comprends ton point de vue, mais juste 3 remarques :
- On peut exprimer une critique négative sur un point précis sans être nécessairement un "bon franchouillard qui critique tout sans jamais rien faire".
- Le jour où seules les personnes impliquées directement auront le droit de donner leur avis, quel que soit le sujet, la liberté d'expression aura pris un sacré coup dans l'aile...
- Si j'avais été du même avis que toi, est-ce que le fait que je n'aie aucune légitimité pour discuter de ce sujet aurait été évoqué ? Ca aurait pourtant été le cas tout pareil...
Ok Super_jamon, je reconnais que je vais souvent trop vite ! Mais mon propos n'est pas de rejeter tes commentaires, bien au contraire.
>>TVIP
travailler une journée au lieu de 3 heures ne va pas non plus les tuer à la tâche, mais au vu des ressources dépensées pour les faire venir, autant maximiser les heures où ils peuvent aider, non? Surtout quand on a 16 heures de bus aller-retour!
"Prendre un bus de nuit, faire une journée de travaux physiques et enchainer encore avec le bus de nuit je ne pense pas que le gars qui organise ça tous les weekends pourrait suivre."
Alors il y a plusieurs solutions pour résoudre ce micro problème, ils sont plusieurs à organiser et se relayent chaque semaine, ou alors mieux, il demande à des locaux de diriger les volontaires sur place, et là magie plus de problème de fatigue.
"Et ce n'est pas dit dans l'article mais peut être qu'ils utilisent le reste du temps pour aller à la rencontre des locaux puisqu'ils insistent sur l'aspect soutien moral?"
Ben justement ce n'est pas dit dans l'article, alors soit l'article est mauvais et donc le journaliste est passé à côté de leur but principale, soit il ne reste que trois heures pour éviter le bus de nuit au retour et arriver à 21H à Tokyo.
"3h fois 40 personnes de données ce n'est pas ridicule quand on sait que plusieurs zones sont complètement laissées en attente les gens livrés à eux mêmes."
Si c'est ridicule quand on voit les tâches accomplis, soit creuser une tranchée pour remettre en état des canalisations dont on ne sait pas si elles seront utilisés dans l'avenir. Faire creuser une tranchée qui va se refermer au bout de quelques mois, surtout avec la saison des Typhons, c'est juste inutile.
A la fin de l'article on a vraiment l'impression qu'il n'y a pas de concertation entre ces volontaires et les autorités locales, ce qui est vraiment dommage. On a l'impression qu'ils gâchent leur temps à creuser des tranchées et voyager 16 heures dans le bus. Ce que je relève de plus utile dans l'article c'est de s'occuper des parterres de fleurs pour embellir la ville.
En même temps on est au Japon. Faut pas s'attendre à quelque chose de super productif non plus. L'important est de participer, faire genre qu'on fait quelque chose. Comme d'habitude quoi.
Ce que je trouve honnête c'est que là au moins c'est clairement dit dès le départ qu'il ne s'agit ici que d'une participation symbolique. Ils ne se présentent pas en disant on va remettre la région sur pied.
Faut pas faire une généralité non plus, pour avoir participé a un de ces programmes de volontariat, il y a vraiment tout genre de boulot a faire. Le groupe ou je suis allé, créé par un étranger d'ailleurs, est basé a Ishinomaki et s'occupe entre autres de retaper les maisons qui ont été submergés. Faut déjà tout balayer, nettoyer, puis tout déplâtrer, refaire (le peu d')isolation, restaurer le réseau électrique (changer les circuits, recabler), etc, etc.
Ca passe aussi par aider d'autres associations, aider a l'organisation d’événements de charité. Ils font un boulot impressionnant! Les japonais locaux aident en fournissant du matériel, etc. Je pense que la plupart de ces maisons seraient plutôt programmés pour la démolition si l’état s'en occupe. Il y a tout simplement pas assez de ressource pour tout refaire, c'est un boulot gigantesque.
J'en ai fait cet été pendant 1 mois, dans le village de Samegawa dans la préfecture de Fukushima à un endroit qui ne craignait rien.
Principalement des camps de vacances pour enfants et de l'agriculture le reste du temps, c'était formidable.
Pour ceux que ça intéresse, essayez Solidarités Jeunesses qui est en contact avec NICE (pour le Japon).
Très abordable, mis à part les frais d'inscription et tout ce qui est transports qui sont à vos frais, là-bas vous êtes en général nourris et logés gratuitement !