La délocalisation à la japonaise

Pour faire face à la crise, les entreprises japonaises du tertiaire ont trouvé une parade efficace et économique. Des jeunes diplômés japonais sont « délocalisés » pour travailler dans des pays à bas coûts.

Après la délocalisation d'usines dans des pays à bas coût et le travail de main d'oeuvre étrangère sous-payée dans le pays, le Japon invente la délocalisation de main d'oeuvre japonaise à l'étranger.

La journaliste Miki Tanikawa révèle dans le New York Times cette pratique du capitalisme récurrente au Japon : délocaliser des salariés japonais diplômés pour profiter des bas coûts dans d'autres pays asiatiques.

L'opération est doublement avantageuse pour les entreprises. Et les jeunes, victimes de la crise et du chômage, trouvent un travail facilement.

« Tout est allé si vite après ma demande sur Internet, explique Akane Natori au New York TimesAvant que je le sache, j'ai eu le travail ». Alors qu'elle était assistante dans une entreprise d'import-export à Tokyo, la japonaise de 26 ans a décidé de changer pour travailler dans un centre d'appel... à Bangkok.

« Sous la pression de la réduction des coûts, les grandes entreprises ont de plus en plus recours à la sous-traitance et envoient leurs salariés en col blanc, où il revient moins cher de faire des affaires qu'au Japon ».

La sous-traitance dans des pays à bas coûts n'est pas une nouveauté. Les Américains et les Anglais délocalisent régulièrement leurs opérations de cols blancs en Inde, alors que la France fait la même chose dans les pays africains.

Contrairement à l'anglais et le français, le japonais n'est parlé nul part en dehors du pays et peu d'étrangers le pratique parfaitement. « Si vous utilisez des Chinois parlant japonais par exemple, la qualité du service ne correspondra pas aux attentes du client », explique Tatsuhito Muramatsu, le nouvel employeur d'Akane Natori au bureau thaïlandais de Transcosmos.

Il n'y a pas de chiffres précis et récent sur cette pratique. Mais selon le ministère japonais des Affaires Intérieures, 100 000 japonais seraient partis à l'étranger en 2008.

Inconvénient pour les Japonais choisissant cette voix, le bas salaire. Mais la jeune Akane ne s'en plaint pas : « Si vous êtes prêt à vivre de restaurants locaux, vous payez seulement 30 baht (7 centimes d'euros) pour du riz, des oeufs, des légumes et de la viande ».

Elle loue un studio à 6500 baht (155 euros) dans une résidence sécurisée au centre de Bangkok possédant une piscine et vante les mérites d'une expérience à l'étranger. Difficile de se plaindre lorsqu'on vit en Thaïlande, une destination de plus en plus prisée par les touristes.


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