Le dégel entre les USA et Pyongyang est une défaite diplomatique pour le Japon

Le projet des Etats-Unis de retirer la Corée du Nord de leur liste des "Etats terroristes" constitue une défaite diplomatique pour Tokyo, où certains craignent que Washington n'oublie le sort des Japonais enlevés, une question sensible dans l'archipel.

La remise jeudi par Pyongyang d'une déclaration sur ses installations nucléaires est un élément capital d'un accord conclu en 2007 par Pyongyang avec cinq pays (Etats-Unis, Chine, Corée du Sud, Japon et Russie).

Mais le Japon s'inquiète du projet de Washington de retirer le régime communiste de sa liste des "Etats terroristes", même si le président Georges W. Bush a tenté de le rassurer en promettant qu'il n'oublierait "jamais le problème des enlèvements".

"Si les Etats-Unis retirent la Corée du Nord de la liste (...), cela donnera un ballon d'oxygène" au régime communiste, explique Toshimitsu Shigemura, expert de la Corée du Nord à l'Université Waseda.

Selon lui, "cela fera perdre une carte diplomatique dans la négociation avec la Corée du Nord (...). Le Japon n'aura plus de moyen de pression pour discuter des enlèvements".

Des Japonais ont été capturés par les services secrets du régime communiste dans les années 70 et 80, pour qu'ils enseignent la langue japonaise aux espions de Pyongyang.

En 2002, la Corée du Nord a reconnu avoir enlevé 13 Japonais, dont cinq ont été autorisés à regagner le Japon, les autres étant donnés comme morts. Pyongyang considérait depuis le dossier clos, jusqu'à la mi-juin où elle a rouvert une enquête.

La question reste extrêmement sensible dans l'archipel où les familles des kidnappés apparaissent souvent dans les médias pour demander le retour de leurs proches, qu'ils pensent encore vivants en Corée du Nord.

Teruaki Masumoto, le frère d'une femme enlevée, a protesté mercredi contre un retrait de Pyongyang de la liste noire qui "détruirait le moral" des familles.

Hajime Izumi, un spécialiste de la Corée du Nord à l'université de Shizuoka, juge pourtant que Washington a fait "le maximum pour amener la question des enlèvements sur la table", bien que le Japon ait tenté d'utiliser les discussions à six pays pour régler son problème bilatéral avec Pyongyang.

Il estime que c'est "au Japon de résoudre le problème des enlèvements, pas aux Etats-Unis".

Selon lui, les médias japonais se sont focalisés sur les enlèvements et ne se sont pas rendus compte de la menace nucléaire nord-coréenne.

L'ancien Premier ministre Shinzo Abe, qui avait bâti toute sa carrière sur la dénonciation de la Corée du Nord, a déploré la décision américaine, estimant qu'elle pourrait "affecter l'alliance Japon-Etats-Unis et leur relation de confiance".

Le Japon a toutefois quelque peu peu adouci le ton depuis l'arrivée en septembre du modéré Yasuo Fukuda à la tête du gouvernement.

Lors d'une conversation téléphonique, M. Fukuda a assuré au président George W. Bush qu'il se réjouissait de tout progrès dans le désarmement de la Corée du Nord, voisine du Japon, malgré des inquiétudes sur les enlèvements.

Selon Ralph Cossa, du centre d'études stratégiques et internationales de Hawaï, la réouverture d'une enquête par Pyongyang sur le sujet est "quasiment une victoire" du négociateur américain Christopher Hill.

Si rien de concret n'a été obtenu, l'engagement de la Corée du Nord permet au Japon d'accepter "malgré lui" le retrait de Pyongyang de la liste noire.

"La question reste sensible pour l'alliance" américano-japonaise, écrit-il toutefois dans une analyse, car le Japon a perçu l'attitude américaine comme "un empressement à se mettre d'accord avec Pyongyang".


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