Le Japon a-t-il encore besoin de professeurs de langues étrangers ?

Depuis 1987, le Japon accueille des jeunes étrangers, principalement américains, pour partager leur langue et leur culture auprès des écoliers japonais. Le programme, vu comme une formidable arme diplomatique du Japon, est menacé par le manque de budget.

Quand un pays se serre la ceinture, toutes les lourdes dépenses sont montrées du doigt. Coûtant près de 8 millions d'euros au gouvernement chaque année, le programme d'échange et d'enseignement JET pourrait passer à la trappe, ce qui ne manque pas de créer un débat passionné.

Né en 1987, le Japan Exchange and Teaching programme a déjà fait venir 52 000 jeunes étrangers au Japon. Pendant un an, ceux-ci deviennent assistant en langue étrangère dans les écoles du pays. Au sommet de son succès économique, le Japon cherchait un moyen de prendre du poids culturellement et diplomatiquement.

Mais aujourd'hui, le programme coûte cher au gouvernement. Au delà des 8 millions financés par l'Etat pour les billets d'avion et les divers frais, de lourds salaires sont payés par les municipalités. En juin dernier, un panel d'experts, chargé de scruter les dépenses inutiles du gouvernement, a considéré que le Japon n'a plus besoin du JET et qu'il devrait être revu.

Dans le courrier des lecteurs du Japan Times, Steve Sacks, américain ayant pourtant participé au JET en 2006, se pose la question de la rentabilité du programme. « Est-ce qu'un job dont la seule exigence est de connaître l'anglais mérite réellement 300 000 yens par mois ? ». Pour un salaire de 2650 euros, la question mérite, elle, d'être posée.

Ne parlant pas japonais, il reproche au programme de recruter des assistants étrangers ne connaissant rien du pays. « Avoir un réel professeur, plutôt qu'un touriste-magnétophone-humain, serait plus utile aux enseignants et aux élèves », ajoute-t-il.

« Nous sommes dans une ère déjà mondialisée »


Motoyuki Odachi, sénateur à la tête du panel ayant examiné le cas du JET, estime carrément que le contribuable se fait arnaquer. « Il y a un problème avec l'organisation elle-même, lance-t-il à l'agence de presse AP. Ce programme n'est toujours là aujourd'hui que pour maintenir des amakudari ».

Traduit littéralement par « descendre du Ciel », l'amakudari consiste à permettre à des bureaucrates proches de la retraite d'accéder à des postes plus ou moins fictifs, uniquement pour toucher un salaire. Une pratique reprochée au Conseil des Autorités Locales qui gère le JET.

Autre argument avancé par les contres : nécessaire lors de l'ouverture du pays au monde, le programme d'échange n'a plus lieu d'être aujourd'hui. C'est ce que pense Kumiko Torikai, doyen de l'Université Rikkyo de communication interculturelle et auteur de livres sur l'éducation de l'anglais au Japon.

« Faire venir des milliers de JET au Japon n'est plus un bon investissement pour les contribuables japonais, alors que nous sommes dans une ère déjà mondialisée », affirme-t-il à l'agence de presse AP.

Mais pour Anthony Bianchi, ancien membre du programme, « il y a un bénéfice qui ne peut se mesurer ». Natif de New-York, il est aujourd'hui membre du conseil municipal d'Inuyama dans la préfecture d'Aichi au centre du Japon.

4334 recrues cette année

Après 2 ans de JET, il pense avoir apporté quelque chose à sa ville d'adoption : « avant, les gens étaient terrifiés dès qu'ils voyaient un étranger. Rien que le fait que ça n'arrive plus est un bénéfice énorme ».

Pour James Gannon, directeur d'une association new-yorkaise pour les échanges internationales du Japon, le JET est un pilier des relations américano-japonaises. « C'est le meilleur programme diplomatique public qu'un pays a eu ces dernières décennies », ajoute-t-il.

Avec d'autres anciens participants du JET, il a lancé une pétition en ligne pour inciter le gouvernement japonais à préserver le programme. L'objectif de 2500 signatures peine à être atteint. Le programme JET a pourtant permis à plus de 52 000 jeunes de faire un séjour payé d'un an au Japon.

Pour cette année fiscale, le gouvernement annonce que 4334 jeunes étrangers viendront au Japon dans le cadre de ce programme, dont 3974 assistants en langue, 354 conseillers en relations internationales et 6 éducateurs sportifs. Le nombre de participants au JET n'a pas cessé de baisser depuis l'année 2002, qui totalisait un record de 6273 étrangers.

Cependant, selon Japan Today, les raisons ne sont pas le manque de moyen. La réduction des effectifs serait à mettre au crédit de la fusion de certaines municipalités, provoquant la réduction du nombres de gouvernements locaux, et de la baisse de la natalité qui entraîne des fermetures d'écoles.

Dernier reproche adressé au JET, la grande majorité des étrangers recrutés sont des anglophones en provenance de pays occidentaux déjà bien connus comme les Etats-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Ce qui ne favorise pas la découverte culturelle du monde selon certains. A peine dix Français sont retenus chaque année.
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