Occupy ! Kasumigaseki : dans le campement des anti-nucléaire de Tokyo

Depuis plus de quatre mois, des sit-in ont lieu devant les principaux bâtiments du gouvernement japonais. Voici un reportage de notre partenaire Rue 89 devant le ministère de l'Economie.

Occupy! Tokyo
Mitsuro Sudo (Alissa Descotes-Toyosaki)

Devant le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, un vieil homme entre dans une tente. Il a une barbe blanche très touffue et un gros anorak rouge.

En ce matin de janvier à Tokyo, le carrefour de Kasumigaseki est rempli de fonctionnaires qui se hâtent vers les bureaux. « Certains d'entre eux entrent parfois dans notre tente pour nous dire “Courage ! ” avant de regagner leur poste », sourit le vieil homme.

Depuis 124 jours, Mitsuro Sudo, surnommé « Kuma », participe aux sit-in devant les haut lieux du gouvernement japonais pour protester contre la politique menée après Fukushima, accusant le pouvoir de :

- non-assistance à personne en danger,
- reconstruction économique dans des zones hautement irradiées,
- exporter le nucléaire ailleurs en Asie.

« A la fin de l'année, le gouvernement a décrété que la situation à la centrale de Fukushima-Daiichi était sous contrôle. Mais le 1er janvier, il y a eu un séisme de magnitude 7 au large de Fukushima qui a provoqué des dégâts sur le réacteur numéro 4. La nature est vraiment remarquable ! »

Le 2 janvier, l'opérateur Tepco avait annoncé que le niveau d'eau de la piscine de refroidissement du réacteur numéro 4 (où est stocké le combustible usé), avait baissé brusquement, ce que rapporte le Nikkansports.

Kuma se frotte les mains les unes contre les autres pour se réchauffer. Il fait presque 0°C dans la tente comme à l'extérieur. « On attend le passage de l'électricien pour mettre le chauffage », plaisante Etsuji Shimada. Ce quinquagénaire a été chargé de planter la première tente le 11 septembre.

« Nous avons choisi ce jour symbolique pour le monde entier et débarqué tout le matériel et la nourriture devant le ministère. Une quinzaine d'agents de sécurité sont arrivés et ont crié : “Qu'est ce que c'est que ce cirque ! ” »

Monsieur Shimada rit encore au souvenir de ce premier jour de sit-in :

« Pendant que je débattais avec la police sur notre droit à occuper ces lieux, mes camarades ont monté la tente en sept minutes ! »

Activiste antinucléaire de longue date, Shimada se félicite de cette initiative qui a permis de réunir et coordonner des actions au niveau de Tokyo.

« Nous avons monté une deuxième tente en novembre pour accueillir des femmes de Fukushima. »

Les femmes peuvent aussi changer l'avenir

La tente voisine est occupée par plusieurs femmes assises sous un « kotatsu », une table chauffante. « Depuis le 1er décembre, nous soutenons l'action “dix mois dix jours” » dit Yukiko Takahashi, une jeune etudiante :

« Au Japon, on dit que les futures mamans accouchent au bout de dix mois et dix jours. C'est une manière de dire que pendant cette période, les femmes peuvent aussi changer l'avenir. »

Yukiko est originaire de la ville de Fukushima mais avoue ne jamais avoir été inquiétée par la centrale nucléaire jusqu'à l'accident :

« Avant le 11 mars, je n'aurais jamais pensé me retrouver un jour à manifester ou faire un sit-in ! »

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A Kasumigaseki
Alissa Descotes-Toyosaki

« Nous organisons des roulements entre nous, et il y a une permanence de nuit aussi pour éviter les incendies », dit une autre femme. Les incendies et autres « vexations », les manifestants et activistes japonais sont habitués à les subir.

Yukiko s'en amuse : « Au début, il y avait toutes les nuits des camions de la droite ultra-nationaliste qui venaient faire du tapage nocturne. Il y avait quatre, parfois huit camions ! Ils mettaient à fond des chants patriotiques en nous insultant. »

Le plus étrange c'est que l'extrême droite se met aussi à tenir des discours antinucléaires. « lls ne supportent pas de voir des tentes dans le quartier ministériel, cela n'est pas conforme à l'image du Japon nationaliste », conclut Yukiko.

Ne pas laisser redémarrer le nucléaire

La prochaine manifestation importante qui réunira les femmes des associations pour protéger les enfants de la radioactivité à Fukushima et dans tout le Japon aura lieu au mois de mars.

Sur les blogs, des mères s'insurgent : « Nous ne voulons pas passer encore les fêtes de fin année avec la peur au ventre. Le gouvernement fait des “stress tests” et assure que tout est sous contrôle, mais le césium a augmenté dans certaines régions de Fukushima. »

« Il n'y a plus que 6 réacteurs sur 54 encore en marche au Japon. Tous les autres sont à l'arrêt, mais ça ne veut pas dire que le gouvernement va les abandonner définitivement », ajoute Kuma san en montrant une banderole : « Nous ne laisserons pas redémarrer le nucléaire ! »

En avril, le Japon fonctionnera sans aucun réacteur nucléaire, du jamais vu depuis l'installation du premier réacteur en 1966. Kuma san raconte : « Il y a deux jours, un spécialiste allemand des stress tests est venu au Japon et s'est inquiété pour nous. Mais quand il a vu les illuminations de Noël à Tokyo et Osaka, il s'est exclamé : “Mais vous avez de l'électricité en trop ! ” »

Les semaines après le 11 mars, Tokyo vivait sous la menace d'une panne d'électricité généralisée, mais en janvier, aucun foyer ne manque de chauffage. Kuma San ajoute :

« L'énergie provient des centrales thermiques et hydrauliques. Mais l'Etat va chercher par n'importe quel prétexte à remettre en route les centrales. Car le Japon était exportateur, et commence même à construire des centrales au Vietnam ou en Thaïlande. Pourtant, la Mongolie a réagi après l'accident de Fukushima en refusant que le Japon exporte ses déchets radioactifs dans une décharge provisoire sur son sol. »

Depuis que le Japon a violé l'article 9 de sa constitution en envoyant des forces d'auto-défense à l'étranger, ce sexagénaire a quitté son travail en entreprise pour mieux s'impliquer dans le sort de son pays.

« Je me suis dit que le Japon risquait de revenir comme avant 1945 », dit-il. Activiste mais sans vraiment appartenir à une organisation, Kuma étudie les tournesols et leur capacité d'absorption du césium.

« J'aime la nature et ce qui me plairait vraiment c'est de pouvoir crier tout mon amour aux bureaucrates de Kasumigaseki ! », rit Monsieur Kuma, parodiant le titre d'un roman de Kyoichi Katayama, « un cri d'amour au centre du monde ».

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Avec notre partenaire:
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Portrait de spacerclem

S'opposer maintenant.. N'est-ce pas trop tard ? Les reacteurs de Fukushima, construits a proximite de l'ocean et quasiment au niveau de la mer, ont ete en activite pendant des decennies, sans que l'opinion ne bouge ? Evidemment, on ne pouvait pas prevoir le tsunami, etc.. Donc quand on ne peut pas prevoir, on ne prend pas de risques inconsideres ! La gestion des risques, c'est ce que doivent apprendre les Japonais, en urgence ! Dans le passe, Tepco avait a maintes reprises menti sur la situation des reacteurs, et pourtant Tepco n'a jamais ete tenu coupable, alors que cela prouvait le faible niveau de securite et de qualite de l'entreprise. Les autorites gouvernmentales, si elles etaient competentes, auraient du emprisonner les dirigeants qui mentent au public sur des questions qui touchent a la securite publique. Si une maison est infestee de termites la 1ere etape est de supprimer les termites. Avec Tepco, l'affaire s'est terminee avec le constat de la presence de termites, sans action ulterieure. Comment s'etonner qu'un accident arrive ?

Il y a aussi tellement d'autres problemes environnements / sociaux, pourquoi se concentrer uniquement sur le nucleaire ? Le nucleaire est la source de beaucoup de problemes, mais n'est pas LE probleme : en France il n'y a pas eu encore d'accidents, et on pourrait penser qu'il serait de meme au Japon si les ingenieurs respectait l'interet public et suffisamment de securite. Personnellement, malgre l'accident terrible qui est arrive et le fait de vouloir vivre au Japon pendant longtemps, je souhaite que le Japon continue dans la nucleaire, en prenant les precautions. Ca me fait bien rire (jaune bien sur, sans jeu de mot) de voir comment les Japonais ont supporte le nucleaire pendant des decennies louant les bienfaits economiques, environnementaux, etc, et du jour au lendemain change leur politique. Ma conclusion est qu'ils n'ont jamais eu de politique independante, le nucleaire leur a ete vendu par les Americains apres-guerre, et les Japonais n'ont jamais ete capable de maitriser completement la technologique d'eux-meme. Dans ce sens effectivement ca vaut le coup de faire l'etat du savoir-faire japonais, et de completer leur lacunes avec l'aide de pays etrangers..
Bref, le probleme est moins dans le nucleaire que dans la facon des Japonais de traiter le nucleaire.. et les reactions extremes des opposants ne fait que conforter leur incomprehension des vrais problemes..

Clem



Portrait de luinil

"Donc quand on ne peut pas prevoir, on ne prend pas de risques inconsideres !"
"je souhaite que le Japon continue dans la nucleaire"
Le Japon étant situé sur un ensemble de failles sismiques il peut toujours, a tout moment, se produire n'importe ou, un séisme d'ampleur imprévue qui surpasserait le cahier des charges d'une centrale nucléaire.

Vous dites vous mêmes qu'il ne faut pas prendre de risques inconsidérés, et pourtant souhaitez vous même que le Japon continue à en prendre... Vive les contradictions.

"Le nucleaire est la source de beaucoup de problemes, mais n'est pas LE probleme : en France "

C'est facile à dire quand on ne vit pas dans une zone contaminée, ou à 200 km de plusieurs tonnes de combustible radioactif qui risquent de partir en fumée à n'importe quel séisme... Oui en France ce n'est pas un gros problème, excusez les Japonais du Tohoku si ils ont un avis différent. C'est tellement facile de faire la morale quand on n'est pas concernés.

" Ca me fait bien rire (jaune bien sur, sans jeu de mot) de voir comment les Japonais ont supporte le nucleaire pendant des decennies louant les bienfaits economiques, environnementaux, etc, et du jour au lendemain change leur politique. Ma conclusion est qu'ils n'ont jamais eu de politique independante"

Ma conclusion serait plutôt qu'ils ont cru aux salades que leur a raconté le gouvernement pendant des décennies, et qu'ils viennent de réaliser que c'était des mensonges.

" et les Japonais n'ont jamais ete capable de maitriser completement la technologique d'eux-meme." Pas sur qu'un réacteur dans un autre pays aurait résisté aux mêmes évènements, vous allez un peu vite dans vos jugements...

Mais bon vous avez tout compris et les japonais n'ont rien compris, tout va bien.



Portrait de slv

Le problème numéro un du nucléaire japonais c'est comme dans les autres secteurs, magouille et corruption que cachent le formalisme et le conformisme.



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