Un autre visage de Jacques Chirac: l'ami érudit du Japon

Le Japon se souviendra du président français Jacques Chirac comme l'un des plus fins connaisseurs de la culture et de l'histoire nippones parmi les grands du monde, même si sa passion d'érudit a eu un impact surtout symbolique sur les relations franco-japonaises.

"Le Japon est un pays que j'aime. Que j'ai découvert dans ma jeunesse à Paris au musée des Arts asiatiques Guimet", expliquait M. Chirac en 1996 au Japon, où il effectuait la première visite d'Etat de son septennat.

"Le choc esthétique ressenti devant votre statuaire bouddhique m'a tout naturellement conduit à vouloir connaître les autres aspects de votre civilisation", poursuivait M. Chirac, avouant avoir étudié "avec passion les mythes fondateurs" de l'Archipel.

De fait, l'étendue de son savoir, notamment dans le domaine des arts anciens, a impressionné, parfois même surpris, nombre de dirigeants japonais.

"Il n'était pas rare qu'un responsable japonais soit incapable de répondre à ses questions" sur la civilisation nippone, se souvient l'ex-président de la Maison de la culture du Japon à Paris, Hisanori Isomura.

Quand ils se déplaçaient en France, les dirigeants japonais "avaient toujours peur que Chirac parle de leur culture", témoigne un haut diplomate nippon sous couvert de l'anonymat.

A tout le moins leur était-il "indispensable" de "se tenir au courant des derniers résultats du tournoi de sumo" que Jacques Chirac, féru de lutte japonaise, ne manquerait jamais de commenter, ajoute ce diplomate.

Nourri par d'innombrables visites au Japon (45), cet amour de l'Archipel lui a valu l'amitié fidèle de dirigeants japonais, parmi lesquels les anciens Premier ministres Yasuhiro Nakasone (1982-87) et Ryutaro Hashimoto (1996-98).

"Le président Jacques Chirac aime le Japon, les arts du Japon. C'est un ami de longue date, que j'irais jusqu'à qualifier de meilleur ami", a récemment répondu à l'AFP M. Nakasone.

Pour le sénateur français Jacques Valade, le président Chirac "a apporté ce que les Japonais apprécient, c'est-à-dire d'être considérés non pas comme des gens exotiques, mais comme un peuple avec sa culture, son histoire, ses ombres, ses lumières".

Sur le plan politique, Tokyo a été sensible à l'attachement de Paris à "un monde multipolaire", dont témoigne l'ouverture de M. Chirac à l'Asie, souligne le diplomate japonais.

La "présence" de Jacques Chirac, qui s'est rendu cinq fois à titre officiel dans l'Archipel au cours de ses deux mandats présidentiels, "a beaucoup facilité le travail quotidien de la diplomatie pendant douze ans" et le "dialogue entre hauts responsables", se félicite-t-il.

Mais pour autant, selon lui, "il est difficile de parler de résultats concrets" dans le domaine diplomatique, malgré la qualité des liens.

Par ailleurs, "l'intérêt de M. Chirac pour le Japon n'a pas été jusqu'à influencer sa géostratégie", souligne-t-on à Tokyo, en déplorant la campagne de la France en faveur de la levée de l'embargo européen sur les ventes d'armes à la Chine.

Seul peuple à avoir subi le feu nucléaire, les Japonais ont en outre longtemps reproché à Jacques Chirac la campagne d'essais nucléaires dans le Pacifique en 1995-96.

Mais le temps a estompé la rancoeur et le Japonais de la rue a "une bonne image" de lui.

L'opinion nippone ne s'est guère intéressée à l'affaire de son supposé compte bancaire au Japon, pas plus qu'aux rumeurs concernant sa vie privée.

"Les Japonais se moquent de la vie intime des dirigeants étrangers", dit-on à Tokyo.


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